Guide pratique
BPU, DPGF, DQE : chiffrer son offre sans se piéger
Prix forfaitaire ou prix unitaires, pièges du cadre de réponse, offre anormalement basse : les règles du chiffrage qui protègent votre marge et votre conformité.

D'abord identifier la nature du prix
Avant de sortir la calculette, le CCAP et le cadre de prix vous disent comment le marché sera payé. Tout votre chiffrage en découle.
Le prix forfaitaire : la DPGF
Dans un marché au forfait, vous vous engagez sur un prix global pour un résultat défini. La décomposition du prix global et forfaitaire (DPGF) détaille ce forfait poste par poste.
Le point capital : en forfait, les quantités sont votre risque. Si vous avez sous-estimé un métré, vous exécutez quand même au prix convenu. D'où trois réflexes :
- refaites vos propres métrés à partir des plans, ne recopiez pas aveuglément les quantités indicatives ;
- visitez le site quand une visite est proposée (et toujours quand elle est obligatoire — son absence rend l'offre irrégulière) ;
- posez une question écrite en cas d'incohérence entre plans, CCTP et DPGF, plutôt que d'interpréter seul.
Les prix unitaires : BPU et DQE
Dans un accord-cadre à bons de commande, vous remplissez un bordereau des prix unitaires (BPU) : chaque ligne est un prix engageant, les quantités réelles dépendront des bons de commande. Le détail quantitatif estimatif (DQE) applique des quantités fictives à vos prix unitaires pour comparer les offres — il ne vous garantit aucun volume.
Le piège classique du BPU : négliger les lignes « rares ». Un candidat malin regarde quelles lignes pèsent dans le DQE pour optimiser, mais l'acheteur peut commander n'importe quelle ligne au prix inscrit. Une ligne bradée pour gagner le classement peut devenir une hémorragie sur quatre ans d'exécution.
Les règles de conformité du cadre de réponse
- Remplissez toutes les lignes. Une ligne vide ou à zéro non justifiée peut rendre l'offre irrégulière.
- Ne modifiez jamais le cadre fourni (lignes ajoutées ou supprimées, formules altérées) sauf autorisation expresse du RC.
- Vérifiez les formules du fichier Excel fourni : les erreurs de sommes existent et c'est vous qui êtes engagé sur le total de l'acte d'engagement.
- Cohérence AE / DPGF / BPU : le montant de l'acte d'engagement doit correspondre exactement au cadre de prix. En cas d'écart, le CCAP prévoit quelle pièce prime — mais l'écart fait toujours mauvaise impression.
Construire un prix juste, pas juste un prix
Un chiffrage sérieux part de vos coûts réels :
- Déboursé sec : matériaux (avec les délais et surcoûts d'approvisionnement propres à La Réunion), main-d'œuvre (temps unitaires réalistes), matériel.
- Frais de chantier : installation, encadrement, sécurité, gestion des déchets — souvent sous-estimés.
- Frais généraux de l'entreprise.
- Marge et aléas : en forfait, l'aléa se provisionne ; en site occupé ou en rénovation, il n'est pas optionnel.
Pensez aussi à la révision des prix : sur un marché de plus d'un an, vérifiez au CCAP si les prix sont fermes, actualisables ou révisables. Un prix ferme sur trois ans sans clause de révision, c'est vous qui portez l'inflation.
L'offre anormalement basse : un vrai garde-fou
Si votre prix paraît anormalement bas, l'acheteur a l'obligation de vous demander des justifications avant de pouvoir rejeter l'offre. Répondez précisément (méthode, approvisionnements, organisation) : des explications sérieuses sauvent l'offre. Mais ne cherchez pas la sous-enchère pour « acheter » le marché : un marché gagné à perte se paie pendant toute l'exécution, pénalités comprises.
En résumé
- Identifiez la nature du prix (forfait ou unitaire) avant tout calcul.
- En forfait, les quantités sont votre risque : métrés et visite.
- En BPU, chaque ligne est un engagement, pas seulement celles du DQE.
- Respectez le cadre de réponse à la lettre.
- Chiffrez vos coûts réels 974 (approvisionnements, main-d'œuvre, déchets) avant de penser au classement.